Comme chaque été le Château de Versailles invite un artiste contemporain à exposer sa vision du domaine national et de son histoire. Séléctionné par Catherine Pégard pour l’été 2015, Anish Kapoor a choisi d’investir le jardin crée par Le Nôtre et la salle du Jeu de paume. C’est la première fois qu’un artiste contemporain intègre cet espace dans son exposition estivale. Le résultat est révolutionnaire. 

 

LA SALLE DU JEU DE PAUME

 Construite en 1686 cette salle est située au Sud Est du Château, dans l’actuel quartier Saint Louis. On y pratiquait le Jeu de Paume, l’ancêtre du tennis. Cette salle entre dans la postérité le 20 juin 1789. Nous sommes alors à l’aube de la Révolution. Les Etats Généraux réunis par Louis XVI au printemps 1789 ont fait naitre la déception du Tiers Etat qui y espérait des réformes. Ces députés refusent alors de siéger par ordre et s’allient à des membres du Clergé. Ils bouleversent l’ordre établi et se constituent en Assemblée Nationale. Louis XVI tente de s’opposer à cette Assemblée : il fait fermer la salle de l’Hôtel des Menus-Plaisirs, leur lieu de réunion. Le 20 juin l’Assemblée et son président provisoire Bailly y trouvent porte close et bien gardée. La rue s’emballe, la foule s’agite : les députés cherchent un autre lieu de réunion. Ils investissent alors la salle du Jeu de paume. Ensemble, réunis dans l’adversité, ils prêtent serment :

 

C’est l’évènement fondateur de la Révolution française.

En l’an II (1793) la Convention du 11 brumaire décide que cette salle doit revenir à la Nation. Elle devient un bien national. Tour à tour atelier de peintres ou hospice militaire, c’est la Troisième république qui en fait un symbole national. Elle est entièrement restaurée à l’occasion du Centenaire de la Révolution. La salle du Jeu de paume est alors conçue comme un lieu de mémoire de la Révolution française.

Très symboliquement liée à la Révolution française la salle du Jeu de paume est encore le théâtre de célébrations républicaines lors du Bicentenaire : François Mitterand y commémore le 20 juin 1989 l’héritage de Bailly et l’esprit de 1789.

SHOOTING INTO THE CORNER

Lorsqu’on entre dans la salle du Jeu de Paume, l’oeil est immédiatement attiré à droite. Contrastant avec la couleur jaunie de la salle, c’est la masse de cire rouge grasse qui provoque un premier choc visuel. L’oeil observe, fasciné et déstabilisé, les coulées de cire grasse, brillante, rouge sang. L’odeur prend au nez, si inhabituelle en ce lieu. Le canon s’impose ensuite dans le champ visuel : sombre et luisant. Guerrier. Taché de ces boulets de cire rouge couleur d’entrailles qu’il a projeté sous le regard solennel des héros de la Révolution. Aux statuts de marbre et aux noms calligraphiés symboles d’un art mis au service de la mémoire s’opposent cette sauvage interprétation de la Révolution.

Fascinante, troublante, cette sculpture organique est porteuse d’une violence sensorielle bienvenue. Elle apporte le chaos dans l’ordre. De sa cire grasse découle la violence de la Révolution française : une rupture brutale avec l’Ancien,  une refonde sociale, des morts, une Terreur. Oui le sang à coulé. Ce rouge brillant qui semble ne jamais vouloir sécher nous le rappelle.

Pour Anish Kapoor l’oeuvre n’existe pas seule mais par celui qui la voit. Shooting into the Corner réveille selon moi la salle Jeu de paume. Eloigné de l’agitation et des touristes, des boutiques et des cars, sa sobriété contraste naturellement avec le Château. Elle n’est pas un lieu de représentation symbolique du pouvoir royal : elle est nue, elle n’est pas dorée. Elle a été choisie par la République pour devenir le lieu de mémoire de sa naissance. En regardant la salle du Jeu de paume comme une oeuvre d’art et en nous forcant à faire de même, Anish Kapoor nous rappelle une des fonctions de l’Art : interroger les sociétés sur elles mêmes et provoquer le débat. C’est la que réside la force de Shooting into the Corner. En interrogeant les mémoires de Versailles et en faisant rivaliser le rouge puissant avec l’or brillant, Anish Kapoor nous rappelle que tout peut basculer et que la violence et le sang font partie prenante de l’héritage français.

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Arrivée à la Salle du Jeu de Paume

 

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Découverte de l’exposition et de la Salle du Jeu de Paume

 

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Shooting into the Corner

 

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Détails

 

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L’oeuvre complète

 

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Anish Kapoor x Versailles

 

Crédits photos : @ Atika B

 

 

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