« En période difficile, la mode est toujours extravagante » Elsa Schiaparelli 

S’il y a une créatrice de mode dont le travail mérite d’être (re)connu, c’est bien Elsa Schiaparelli. Créatrice, artiste, femme d’affaire visionnaire, elle à su insuffler à la haute couture française un vent arty et décalé. Reconnue par ses pairs et célèbre dans le monde entier, « l’artiste qui fait des robes » (dixit Chanel) à fait de Paris la ville de son coeur et de ses créations un manifeste de liberté stylistique. Soixante ans après sa fermeture, la maison Schiaparelli se réveille en douceur. L’occasion de revenir sur l’histoire de cette maison de haute couture atypique et sur sa créatrice. 

 

Elsa Schiaparelli naît à Rome, en 1870. Fille d’intellectuels italiens, elle est très tôt familiarisée à l’art de l’écrit. Elsa s’exerce elle même à la plume : adolescente, elle publie un recueil de poèmes sensuels. Scandaleux pour l’époque!  Ses parents l’envoient alors dans une pension suisse. Qu’a cela ne tienne, une grève de la faim suffit à l’en faire sortir. La jeune femme entêtée quitte Rome pour Londres. Musées, littérature et conférences rythment son quotidien et nourrissent sa curiosité. Elsa y rencontre celui qui deviendra son époux : le jeune théosophe et accessoirement comte Wilhelm Wendt. Bien évidemment, ses parents s’opposent à cette union. En toute logique elle n’en a cure.

Le jeune couple quitte le vieux continent en 1916 pour tenter l’aventure new yorkaise. C’est sur le bateau qui l’emmène vers sa nouvelle vie qu’Elsa fait une des rencontres qui la marquera durablement : Gabrielle Picabia, la femme du peintre Francis Picabia proche du dadaïsme. Alors qu’Elsa s’épanouie à New York et savoure la vitalité et le dynamisme de la ville, son époux s’ennuie. Le jeune couple survit grâce à la dot d’Elsa et des petits boulots. Ensemble ils ont une fille, Yvonne, surnommée Gogo. Malheureusement l’enfant contracte la poliomyélite. Elsa doit alors se débrouiller entre soins médicaux, petits boulots et infidélités conjugales. Elle demande le divorce et quitte New York en 1922 avec sa fille. Direction Paris!

 

 

 

Elle y retrouve son amie Gabrielle et fait connaissance avec les surréalistes. Il faut alors s’imaginer l’ambiance du Paris dans les années vingt. C’est la capitale des arts et LE lieu de rencontres privilégié des artistes de l’époque. Ils viennent alors du monde entier pour y séjourner et peut être y trouver la nouveauté et l’inspiration. Un véritable foisonnement culturel! Elsa s’intègre parfaitement dans ce cocoon débridé. Sa vie peut commencer. Mais c’est lors d’une rencontre tout à fait fortuite que sa vie prend réellement un tournant decisif. En accompagnant une amie chez le célèbre Paul Poiret pour des essayages, elle se fait remarquer par le couturier qui décèle en elle un certain potentiel. Sa créativité et son charisme lui confère alors une belle et intéressante allure. Paul Poiret décide d’en faire profit. Il prête alors à Elsa des tenues et fait d’elle une sorte d’égérie. Une « it girl » avant l’heure … C’est le déclic pour Elsa. Elle découvre en la mode un moyen d’exprimer sa créativité.

 

Devenue styliste free lance, Elsa Schiaparelli se lance dans la conception de modèles. Fille dans le vent, influencée par la mode française et new yorkaise, elle mélange haute couture et sportwear. Son pull en maille tricoté main avec un motif en trompe l’œil est son premier succès. Qualifié de « chef d’œuvre » par Vogue il devient un must have aux Etats Unis. Elsa innove et crée sans contrainte. Sa vision est celle d’une artiste. Fortement influencée par le courant surréaliste, elle applique ses « règles » à ses créations. Elsa collabore avec Salvador Dali, Jean Cocteau, Alberto Giacometti … Ces artistes créent alors pour elle motifs et accessoires, rendant son style unique, subversif et ludique. Le style Schiaparelli. Devenue célèbre, Elsa habille les stars de son époque. Marlene Dietrich, Lauren Bacall ou encore Juliette Gréco plébiscitent ses créations débridées et pleines de caractère. Elsa Schiaparelli est si célèbre qu’elle fait la couverture du Times en 1934. Une première pour une créatrice de mode! Sa maison de couture devenue internationale s’agrandit et se diversifie.

 


 

C’est en 1937 qu’Elsa Schiaparelli marque durablement le monde de la mode. Elle lance son parfum Shocking … un succès sans précédent. Elle lance également une couleur, le Rose Shocking. Cette nuance de rose vibrante, vivante devient alors sa marque de fabrique. Une nuance qui inspirera des décennies plus tard … Yves Saint Laurent. La seconde guerre mondiale l’éloigne de Paris mais Elsa retrouve dès 1945 sa patrie d’adoption (elle est naturalisée française depuis 1931). Elle reprend la création dès son arrivée en France et fait sensation en créant une collection légère à transporter spécifique aux femmes voyageuses. Constituée de six robes, d’un manteau réversible et de trois chapeaux pliables la poétique collection « Constellation » est en phase avec les femmes de l’époque. Mais Elsa Schiaparelli ne se reconnait pas dans la mode des années cinquante  … et décide de fermer sa maison de couture en 1954. Elle se consacre ensuite à l’écriture de son autobiographie.

 

 

Etrangère à ses débuts au monde de la mode, Elsa Schiaparelli finit pourtant par y imposer durablement son influence.  En bousculant les codes, la seule vraie rivale de Chanel a construit une passerelle entre l’art et la mode. Sa vision baroque, excentrique et créative inspire encore aujourd’hui bien des créateurs. En concevant la mode comme un art et comme un vecteur d’expression de sa personnalité excentrique, elle a ouvert une nouvelle voie à ceux qui veulent créer, rêver et imaginer sans codes ni concessions.

 

 

2 Comments

  1. Bonjour,
    je trouve ton blog vraiment très intéressant. Tu me sembles être une jeune femme intelligente et curieuse, c’est admirable. Tes articles sont très bien écrit, j’aime beaucoup ta plume, elle est très agréable à lire. Je tenais juste à te dire de continuer, je me suis abonnée à ta Newsletter, j’ai envie de voir la suite. Bonne continuation, c’est un très beau site que tu tiens là. 🙂

    • mm
      Atika Reply

      Bonsoir Manon,

      Tu n’as pas idée à quel point, sincèrement, ton message m’a fait plaisir et m’a touchée! Merci de me lire avec ce plaisir, c’est la plus belle récompense pour une blogueuse. J’espère que mes partages et mes écrits te plairont toujours autant!

      Atika.

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