Certaines maisons de couture sont dotés d’un style qui leur permet de traverser les décennies  sans perdre de leur succès. Ce style est bien souvent la résultante de l’esprit d’un homme ou d’une femme, d’un créateur ou d’une créatrice qui a su insuffler son “mood”, son art dans un coup de crayon, dans un morceau de tissu. En effet, qu’est ce qui différencie une pièce de haute couture d’un vêtement lambda? Certes, la maîtrise de la coupe, les tissus précieux jouent leur rôle mais au delà de ces critères et par delà la “matière” c’est le style, la passion et l’esprit du créateur ou de la créatrice qui permet à une maison de couture d’entrer dans la légende.

Oui la couture est une forme d’art. Une forme d’art précieuse car elle est le “pouls” des époques qu’elle habille. Elle est cette attitude faite tissu, cette élégance faite broderie, cette impertinence faite déchirure. Un pouvoir que détiennent les créateurs et les créatrices de mode qui arrivent à saisir et à retranscrire leur imaginaire, leur passion, leur vision : Chanel, Balenciaga, Schiaparelli, Jean Paul Gauthier … Kenzo.

 

L’histoire de Kenzo Takada commence dans un petit village japonais, Hyago. Il y naît en 1939. Hyago est alors un village situé près du château d’Himeji, un ancien château fort médiéval. Le père de Kenzo, un ancien fonctionnaire dirige une maison de thé. C’était un homme rigide et taciturne. Tout le contraire de Kenzo qui grandit au milieu des geishas qui évoluent au salon de thé. Le chatoiement des soies des kimonos et les arabesques lointaines du château médiéval d’Himeji nourrissent l’imaginaire sensible de l’enfant.

 

Le château médiéval d'Himeji

 

Cinquième enfant d’une famille nombreuse, c’est un garçon qui préfère le calme de la maison aux jeux bruyants. Kenzo se plonge précocement dans la lecture des magazines qu’il achète pour sa soeur aîné, apprentie couturière. Il s’intéresse à la couture, aux patrons, découpe des robes pour les poupées de ses soeurs et tranquillement se dessine une vocation. Impossible pour lui de s’inscrire dans une maison de couture. La réprobation paternelle est un sérieux frein. De plus les écoles de couture sont interdites aux garçons … Jeune homme, il apprend une nouvelle qui va changer sa vie : la prestigieuse école de mode le Bunka College de Tokyo s’ouvre aux garçons, et donc à lui. Kenzo saisit sa chance au vol.

 

 

Après trois années d’études et des premiers emplois heureux, Kenzo s’envole pour une croisière de découverte vers l’Occident qui le fascine. Il s’émerveille au passage des richesses du monde qu’il découvre au fil des escales. Un émerveillement qui ne le quittera jamais. Kenzo arrive en France au milieu des années soixante. Paris, capitale de la mode devient capitale de son coeur et théâtre de son ambition. Il découvre une culture, une langue. Il galère un peu, travaille beaucoup. Il réussi à ouvrir sa première boutique dans la galerie Vivienne, la  Jungle Jap. Kenzo y présente son premier défilé en 1970. Il fabrique ses premières collections avec des tissus chinés aux puces. Ses créations sont colorées, fleuries. La rumeur monte doucement : son style est différent, hybride, moderne, décalé … bref, étonnant! Sa mode sonne juste dans cette société post-soixante huitarde qui se cherche de nouvelles références.

 

 

Fantaisiste, artiste, sa création pleine de joie plaît et inspire. Il y affirme son identité et sa personnalité. Ses origines aussi : les kimonos des geishas de son enfance s’imposent à nouveau dans son imaginaire. Lassé des contraintes des coupes prêt du corps du vêtement occidental, Kenzo retrouve avec délices la coupe droite, nette et libre du kimono japonais. Exit les silhouettes fines et marquées, les épaules étroites. Place à l’amplitude et à la souplesse! La forme kimono fait chavirer le vêtement occidental, l’interroge, le libère. C’est une petite révolution. Avec d’autres pionniers comme Miyake, Yamamoto, Mori ou Kawabuko, Kenzo bouscule les codes de l’élégance et détourne les codes de la haute couture. 

 

Curieux, ouvert, Kenzo est perpétuellement en quête d’ailleurs. Il voyage en Grèce, en Egypte, en Inde … Il s’abreuve aux sources des cultures dans un émerveillement sans fin. Kenzo en nourrit ses créations : il emprunte à l’Afrique le boubou et le col Mao à la Chine. Ses créations forment un métissage flamboyant et unique, à l’avant garde de notre époque. Précurseur.

 

 

La mode Kenzo? Un jeu sans frontières, à l’image de son créateur. Le plus parisien des japonais, exilé ayant trouvé sa patrie à Paris, vit un équilibre entre les cultures. Nipponne, parisienne, africaine, américaine … puisque “le monde est beau”, pour Kenzo le monde est une Inspiration. C’est avec délicatesse qu’il a conjugué ces/ses cultures dans toutes ses créations dans une mappemonde poétique et joyeuse … une mappemonde aussi belle que le monde est beau.

 

 

 

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